Les héros de la foi : Melchisédek et la figure du Christ

C’est une figure majeure de l’Ancien Testament, bien que dans cette partie, nous lui consacrions peu de versets. De quel mystère est-il auréolé ? En quoi Melchisédek est-il une préfiguration de Christ ?

Son nom est composé de deux termes « מֶלֶךְ », mélekh qui signifie roi et « צֶדֶק », tsedeq qui signifie, justice parfaite, droiture. Il est roi de justice. Il est aussi roi de Salem. Or, Salem vient de shalom, qui signifie « paix », « harmonie », « plénitude ».

Dans l’Ancien Testament

« Après qu’Abram fut revenu vainqueur de Kedorlaomer et des rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome sortit à sa rencontre dans la vallée de Schavé, qui est la vallée du roi. Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était sacrificateur du Dieu Très-Haut. Il bénit Abram, et dit : Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut, maître du ciel et de la terre ! Béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains ! Et Abram lui donna la dîme de tout. »

Genèse 14 : 17-20

Une guerre oppose les rois de Mésopotamie, coalition menée par Kedorlaomer, et les rois cananéens. Alors que Lot est emmené prisonnier par l’armée vainqueur, celle de Kerdolaomer, Abram part sur ses traces pour le délivrer. Il parvient, avec d’autres, à les mettre en fuite. C’est à son retour que Melchisédek, roi de Salem et prêtre de Dieu, vient à sa rencontre. Aucune information n’est donnée sur ses origines, contrairement à d’autres figures dont la généalogie est amplement détaillée. Il semble, symboliquement, n’avoir ni début ni fin. Mélchisédek apporte du pain et du vin, qui nous rappellent les éléments où le Christ s’incarnent lors de la messe. Le vin rappelle le sang sacré versé pour l’instauration de l’Alliance Nouvelle avec l’humanité, par le sacrifice du Christ. Le pain symbolise son précieux corps, brisé pour expier nos fautes. Abram témoigne de son respect et de sa reconnaissance envers Dieu, qui lui a accordé la victoire, en lui donnant la dîme de tous les biens, certainement acquis lors de la bataille, car : « A l’Éternel est la terre et tout ce qu’elle contient, le monde et ceux qui l’habitent » (Psaume 24 : 1)

Pierre Paul Rubens, Abraham et Melchisédech, huile sur bois, 1616.

Dans les psaumes, il est fait mention de Melchisédek : « L’Éternel l’a juré, et il ne s’en repentira point : Tu es sacrificateur pour toujours, à la manière de Melchisédek » (Psaume 110 : 4) Cette affirmation prophétique réfère directement au Christ, qui est aussi mentionnée dans l’épître aux hébreux. 

La préfiguration du Christ

Le chapitre sept de l’épître aux Hébreux est consacré à l’analyse de la figure de Melchisedék. Nous pouvons relever quelques grands axes, qui annoncent la venue du Christ : 

  • La fonction de prêtre et de roi

Normalement, aucun prêtre ne peut être roi et sacrificateur. Ils proviennent de deux tribus différentes : les rois viennent de Juda (Genèse 49 :10), les prêtres viennent de Lévi (Exode 28 :1). Aucun homme ne peut arborer les deux fonctions. À l’exception de Melchisédek, qui est roi et sacrificateur, tout comme le Christ, qui est Roi des rois, et Grand Prêtre éternel. En effet, dans l’Apocalypse (19 :16), il est dit qu’: « Il avait sur son vêtement et sur sa cuisse un nom écrit : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. ». Il est le Grand Prêtre, car : « Jésus est le grand-prêtre qu’il nous fallait. Il est saint, innocent et sans faute, il est séparé des pécheurs, et Dieu l’a placé plus haut que tout. » (Hébreux 7 :26). Jésus vient de la tribu de Juda, Dieu crée donc un nouvel ordre, différent du premier. Jésus-Christ est le garant d’une alliance meilleure, grâce à son sacrifice qui purifie parfaitement les croyants :

« Car par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés »

Hébreux 10 : 14
Pierre Paul Rubens, La rencontre entre Abraham et Mélchisédech, huile sur toile, vers 1626.
  • L’origine miraculeuse du Christ

Melchisédek apparaît sans généalogie, ce qui fait référence à la venue du Christ, qui ne dépend pas d’une lignée masculine, mais bien de l’action du Saint-Esprit. En effet, c’est par le Saint-Esprit que Marie, encore vierge, est tombée enceinte, et qu’elle a mis au monde le Messie. Ce silence autour de la généalogie de Melchisédek est donc prophétique. 

  • La supériorité du sacerdoce de Christ au sacerdoce lévitique 

Abram reconnaît la supériorité de Melchisédek, car il lui donne la dîme. « L’inférieur est béni par le supérieur » : c’est bien le prêtre qui bénit et intercède auprès de Dieu pour Abram. Or, Abram, ou Abraham, est le père d’Israël. Melchisédek est donc supérieur à toute la descendance d’Abraham. Lévi paye la dîme en Abraham. Pas encore né, mais bien « dans les reins d’Abraham », Lévi s’incline avec son père devant Melchisédek. Le sacerdoce lévitique reconnaît donc la supériorité du sacerdoce de Melchisédek, et plus largement, celui du Jésus-Christ. Abraham, qui est le père de la foi, annonce, par sa révérence, que l’alliance du Christ est supérieure à l’alliance première :

« Néanmoins, sachant que ce n’est pas par les oeuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus Christ, afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les oeuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les oeuvres de la loi. »

Galates 2 : 16
  • Jésus-Christ intercesseur pour le monde

Les prêtres doivent offrir des sacrifices pour le peuple, et pour leur propre sanctification. Or, Jésus-Christ est sans péché, c’est pourquoi Il se donne lui-même comme offrande expiatoire pour les péchés du monde. Il est donc le prêtre et l’offrande. Après sa résurrection, il est dit qu’il intercède en faveur des hommes, bien que sanctifié pour toujours par son sang, afin de leur venir en aide dans les difficultés de ce monde : 

« Ainsi, puisque nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, demeurons fermes dans la foi que nous professons. Car nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos faiblesses ; au contraire, il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins. »

Hébreux 4 : 14-16
Mosaïque du Sacré Cœur, à la Basilique du Sacré Cœur de Montmartre, Paris.

Melchisédek, dont le sacerdoce dépasse celui des autres prêtres, annonce donc bel et bien la venue de Jésus-Christ. Ce que Melchisédek préfigurait dans le silence du récit, le Christ l’accomplit dans la plénitude, en offrant une médiation parfaite, éternelle et suffisante entre Dieu et sa Création.

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